Pensées et papotages

Des couleurs dans nos vies.

6h30, son réveil sonne. Il est fatigué, il n’a pas envie de se lever. Ses nuits sont trop courtes, sans rêve mais pleines d’angoisses.
Il se lève, il se prépare, il boit son café.
Il embrasse sa femme et ses enfants, il n’a pas le temps de partager leurs petits-déjeuners.
Avant d’ouvrir la porte il se regarde dans le miroir et ajuste son masque. Il est prêt pour une nouvelle journée.
Il prend sa voiture, change de station de radio pendant les pubs et patiente dans les embouteillages.
Il arrive enfin après de longues minutes de trajet.
Il dit bonjour à tous ceux qu’il croise au quotidien, sourit, échange quelques mots et sourit encore.
Pendant ses pauses il parle des dossiers réussis, de la pluie et du beau temps, de sa femme et ses enfants, des prochaines vacances.
Il en passera une partie à Sainte Maxime, comme chaque année. Ils n’ont pas encore décidé de ce qu’ils feront ensuite.
18h30, il arrive enfin chez lui. Il embrasse sa femme et ses enfants.
Ils partagent leur dîner, se racontent leur journée. Les mômes ont plein de choses à confier. Lui, un peu moins. Ou toujours les mêmes. Alors il se tait et il écoute. Il sourit. Il aime entendre ces petites voix remplies de vie et d’envies. Il se souvient de la sienne.
Ils couchent les petits et se retrouvent en tête à tête. Ils comblent les silences en regardant un film. Elle s’endort, il l’observe. Il la trouve belle.
Ils partent se coucher, s’embrassent et font l’amour.
Il règle son réveil et retire son masque.
Il s’endort à peu près.

masque

Lui, tu le connais sûrement. C’est peut-être ton père, ton voisin. Ou toi, juste toi. Ca peut être lui ou elle d’ailleurs.

Cette personne que tu croises chaque jour, sans jamais la frôler. Cette personne dont tu ne connais ni les rêves ni les blessures ni les chagrins. Cette personne qui ne cherche plus d’épaule mais qui se fond dans le quotidien.

C’est une personne sérieuse. Tu as confiance en elle. On fait toujours confiance aux personnes sérieuses. Elles sont prévisibles, rassurantes, presque mécaniques.

Eh bien cette personne, si elle est près de toi, ou en toi… J’ai envie de lui dire STOP.
Oui, je sais, ce n’est pas si facile…

Aujourd’hui il faut passer inaperçu pour se faire remarquer. Il faut concrétiser les attentes de la société. Prenons les trentenaires tiens ! Quelle pression sur leurs si jeunes épaules ! A 20 ans tu es jeune, tu as tout le temps… Mais attention… La dizaine suivante arrive vite. Et là, débrouille-toi comme tu veux mais il te faut rentrer dans les cases ! Avoir un CDI (le graal !), avoir gravi des échelons ou être ton propre patron. Avoir un crédit voire deux (le trentenaire est propriétaire et roule dans une jolie voiture). Etre marié ou au moins partager sa vie avec quelqu’un de fiable. Avoir un enfant et en désirer d’autres (un garçon, une fille évidemment).

Arriver à 30 ans en ayant coché ces cases c’est s’assurer la sécurité et la stabilité. Parce que c’est ça qu’on t’apprend dès ton plus jeune âge quand on te répète d’arrêter de rire, de faire le guignol, de penser à tes études et ton avenir. Il faut t’enraciner.

Alors tu coches, tu coches, et au moindre petit envol tu reçois en pleine face les remarques culpabilisantes de tes proches :

« Toujours pas de job fixe ? T’as pas envie de te poser un peu, de penser à l’avenir ? »

« Et alors ce bébé, c’est pour quand ? » Compassion tendre pour ces femmes qui attendent impatiemment de voir leur ventre s’arrondir et compassion extrême pour celles qui ne souhaitent simplement pas être mère. Il fut un temps où je ne voulais pas d’enfants… mais la vie a changé les choses. Je serais donc incapable de parler de toi correctement car l’envie est arrivée pour moi, un peu par surprise, avec Monsieur N. Mais j’ai déjà vu les regards et les incompréhensions qu’on pose sur toi… Je ne les comprends pas mais ils existent malheureusement et je t’encourage sincèrement à les soutenir si ce choix est profondément ancré en toi.

« T’en as pas marre de payer un loyer ? »

Mais attends, c’est pas fini ! En plus de toutes ces cases à cocher il faut te lever tôt (merci Morning Miracle !), saluer le soleil, ne pas manger trop gras, trop sucré, trop salé, avoir du temps pour les autres, pour toi, aller courir, payer tes impôts… et être heureux !
De quoi être légèrement blasé et perdre le sourire, je te l’accorde.

Bien sûr certaines personnes sont heureuses de vivre ces vies standardisées. Mais combien ne le sont pas ? Combien ajustent leur masque chaque matin et le posent à peu près avant de se coucher ? Combien se sont fondus en lui ? Croyant avoir désiré être ce qu’ils sont devenus et mener la vie qu’ils mènent ? Vivant aujourd’hui avec ce profond vide existentiel au creux de leurs tripes. Un vide comblé par des activités mais jamais soigné en profondeur par du temps passé à s’ennuyer et à penser à soi.

Car oui, aujourd’hui il faut être partout, tout faire, en permanence. C’est ainsi qu’on est important.

Et pourtant…

Chrisophe André te dira les choses mieux que moi :
« Je suis frappé, en tant que thérapeute, par le fait que mes patients ne réfléchissent vraiment sur eux-mêmes et sur leur existence que lorsqu’ils sont en séance. Le reste du temps, comme beaucoup d’entre nous, ils vivent en automates, courent pour accomplir leurs tâches, pour répondre aux demandes de leur métier, de leur famille, de leurs amis… Pas de moment, jamais, consacrés à ne « rien » faire. Or je suis persuadé que beaucoup de visites chez le psy seraient évitées s’il y avait dans nos vies plus de temps de non-activité.« 

Je parle des trentenaires parce que c’est ce que je suis. Ca me renvoie à tout ce que je ressens et vis. Mais ces gens trop sérieux, ayant perdu la clé de leur âme et de leurs émotions existent par tous les temps.

Antoine de Saint-Exupéry dépeignait l’homme sérieux dans son chapitre 13, ce buisnessman qui ne lève pas la tête à l’arrivée du Petit Prince :
« Je suis sérieux, moi, je ne m’amuse pas à des balivernes ! […]Des petites choses dorées qui font rêvasser les fainéants. Mais je suis sérieux, moi ! Je n’ai pas le temps de rêvasser. […] Je suis sérieux, moi, je suis précis. »

Tu le reconnais ?

Nous nous revendiquons sans cesse comme des êtres intelligents et libres. Mais le sommes-nous vraiment quand nous cochons des cases et vivons des shémas prédéfinis ?

Ces gens trop occupés, préoccupés, sans émotion manifeste ni nuance dans la voix, ces gens de raison vivant sans passion, ces porteurs de masque, existent-ils vraiment ?

Je ne juge personne, je suis moi-même régulièrement de mauvaise humeur, absorbée par l’heure et la course éfreinée de la vie. Mais je reviens vite à moi-même et à qui je suis… Et non, c’est certain, je ne veux pas être de ceux qui vivent de nuances de gris. Je veux des couleurs dans ma vie !

Mais alors, comment trouver ces couleurs et les entretenir ?

Honnêtement je ne sais pas. J’imagine que c’est propre à chacun. Mais je crois que quand on a ce socle (estime de soi – amour – reconnaissance), les montagnes se soulèvent ! Au delà des limites du temps, du regard des autres, des inquiétudes, du stress, des pluies et des tempêtes. Au delà des choses qu’on voudrait prouver, des réputations à entretenir, des croyances qui font de nos actions notre valeur. Au delà des Ego. Si on le souhaite.

 

horizon

 

Et toi, t’en penses quoi ?

4 réflexions au sujet de “Des couleurs dans nos vies.”

  1. Ton article résonne particulièrement en moi. Encore une fois, je pense que tu dis des choses justes. « L’estime de soi »… certainement la chose la plus difficile pour moi. Surtout avec le changement physique que je me suis imposée et qui me dépasse aujourd’hui. « La reconnaissance », bien que ce soit un sujet vaste, je pense personnellement que nous avons dans notre quotidien de moins en moins de reconnaissance des autres. Et c’est bien dommage car ça nous permettrait d’être plus efficace, (au travail), plus joyeux (dans notre vie quotidienne) et certainement de partager plus de choses et de s’ouvrir aux autres…

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    1. Je suis d’accord avec toi. J’ai également une très mauvaise estime de moi mais mes proches m’aident au quotidien. Pour la reconnaissance comme je ne travaille pas j’ai parfois l’impression d’être celle qui ne fait et ne vaut rien dans le regard des autres. Mais encore une fois mes proches sont là pour me faire relever la tête… pour l’instant j’éduque nos enfants. C’est un choix que j’ai fait et il n’est pas moins juste que celui d’avoir une belle carrière 🙂
      Il faut se servir de notre noyau dur quand on perd confiance… et puis se foutre un peu la paix aussi 😂

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      1. C’est une très belle carrière que tu as choisi 😉
        Se foutre la paix ça veut dire quoi? 😉 Je sais pas faire faut absolument que j’apprenne…

        Aimé par 1 personne

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