En vrac, Youpi c'est mercredi !

Le culte de l’obéissance

Mercredi nous avons pris le temps. Monsieur N a passé de longues heures sous les arcs-en-ciel avec ses camarades (vive les giboulées de mars !) avant d’être enfermé pendant plusieurs jours. Monsieur S a regardé Spiderman nouvelle génération pour la millième fois, a laissé traîner ses déguisements et les histoires qui vont avec un peu partout dans la maison, a gagné toutes les parties de 7 familles Tchoupi et m’a fait un beau dessin aux pochoirs pour me consoler. Bébé Bouddha a mis le bazar, m’a fait courir dans tous les sens et profité des éclaircies lors d’une longue balade avec papa.

C’était un mercredi un peu particulier car le lendemain Monsieur N se faisait retirer les amygdales et les végétations. L’opération était nécessaire et devrait vraiment lui changer la vie mais ça n’est jamais facile pour un parent de laisser son enfant au bout du couloir et de le regarder partir au bloc. D’attendre impatiemment qu’il remonte en chambre, guettant les bruits de pas et de lits roulants dans les allées, les ombres sous la porte qui reste close bien trop longtemps. De l’entendre dire que ça va, qu’il ne faut pas s’inquiéter mais de lire la douleur sur son visage. C’était une toute petite opération mais je la sentais peser sur mon cœur depuis des jours. Alors pendant qu’on l’opérait, pendant que je l’attendais, le ventre et la gorge noués, j’ai pensé à tous ces parents qui vivent entre diagnostics et hôpitaux. La vie n’est pas toujours facile, juste et tendre et malheureusement certains enfants sont confrontés à la maladie très tôt. Bravo à eux pour tous les combats qu’ils mènent et bravo à tous leurs proches qui affrontent des quotidiens si douloureux. Je vous adresse mes plus douces pensées, vous souhaite beaucoup de courage et surtout, surtout, de gagner la bataille !

Tu l’auras compris, au milieu de toutes ces émotions je n’ai pas trouvé le temps d’écrire. Et l’article du mercredi arrive… vendredi ! Je te parle d’enfants bien sûr et… d’obéissance !

paix

Qui n’a jamais entendu « Oh qu’il est sage et facile à vivre ! », « Je comprends pas que tu laisses ton enfant répondre ou négocier », « Ton gosse manque de raclées »… ? Moi en tout cas je l’ai entendu un paquet de fois. Au début ça m’atteignait vraiment et je remettais en question mes conceptions de l’éducation. Aujourd’hui je ne suis pas parfaite mais je laisse dire. Je sais que je fais de mon mieux et en accord avec moi-même.

A la maison j’ai trois enfants et trois personnalités parfaitement différentes face à moi. Si Monsieur N est plutôt facile à vivre il n’est pas docile pour autant et ne supporte pas  les ordres non expliqués ou l’injustice. Monsieur S est un petit ouragan qui déverse ses émotions sur toute la famille. Il a besoin de tout contrôler et ne lâche jamais prise. Mes enfants ne sont pas des enfants modèles, ils ne m’obéissent pas au doigt et à l’œil et même si c’est parfois fatigant je crois que j’ai fait en sorte qu’on en soit là aujourd’hui.

 

EDUQUER CE N’EST PAS DRESSER

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Quel genre d’adulte souhaites-tu que ton enfant devienne ? A cette question j’imagine que tout le monde répondrait : responsable, autonome, critique, qui n’a pas peur de s’engager pour les causes qui lui tiennent à cœur, doté d’une éthique, qui ne se laisse pas écraser…

Mais alors pourquoi tant de parents continuent d’élever leurs enfants sur le chemin opposé ? En  leur inculquant la peur, la crainte et la soumission ? En ne leur laissant jamais le choix, en estimant qu’ils n’ont rien à dire ?

EDUQUER, du latin ex-ducere qui veut dire guider, conduire hors. Eduquer c’est donc accompagner, montrer le chemin de la connaissance et des valeurs morales. Se placer à côté et non au dessus.

L’enfant a surtout besoin de parent qui l’accompagne par la mise en mot de ce qui se passe pour lui, d’être contenu. L’enfant a besoin de grandes personnes de référence, de modèles pour se civiliser et non d’adultes qui jouent aux grandes personnes avec leur pouvoir, leur autoritarisme. – Arnaud Deroo

Non, ce n’est pas facile.

Alice Miller (« docteure en philosophie, psychologie, psychanalyste et chercheuse sur l’enfance » dixit Wiki. Et notamment autrice de C’est pour ton bien aux éditions Flammarion) parle de pédagogie noire. C’est une forme d’éducation ancrée dans notre société depuis de nombreuses générations. Une forme d’éducation qui consiste à obtenir l’obéissance absolue de l’enfant, à le soumettre. A abuser de sa position d’adulte et de son pouvoir pour faire des enfants sages, dociles, pliants et malléables. Des enfants qui ne crient pas, qui ne sautent pas, qui ne courent pas et surtout qui ne disent pas non ! Et pour y parvenir l’adulte instille la peur, la crainte, à coup de cris, de manipulation, de punitions, de maltraitances physiques et verbales. L’une n’étant pas moins dangereuse que l’autre.

La maltraitance physique n’est bénéfique pour personne. Si elle soulage les nerfs de l’adulte sur l’instant elle engendre en général une grande culpabilité ensuite. De plus, elle n’apprendra rien à l’enfant si ce n’est qu’on a le droit de frapper, d’être violent pour obtenir ce qu’on veut.

La « morale » : « Si je te punis, c’est pour ton bien! » entraîne une confusion des règles éthiques :  » On a le droit de faire du mal pour faire du bien. » – Catherine Gueguen.

La maltraitance verbale détruira la confiance et l’estime que l’enfant a de lui.

L’enfant est un individu à part entière. Qui mérite d’être respecté et compris. Qui mérite d’être traité comme tu veux qu’on te traite, tout simplement.

Il ne faut pas oublier qu’un enfant ne naît pas avec une notice de vie incluse dans le cerveau. D’ailleurs ce n’est pas un robot, on ne peut pas le programmer ou le soumettre sans conséquence.

Imagine que tu arrives sur une toute nouvelle planète. Tu n’en connais ni les ressources, ni les dangers, ni les codes. Il te faudra du temps, des explications et du soutien pour apprendre à vivre en harmonie au sein de ce nouvel espace et de ses habitants. C’est pareil pour nos enfants. Ils découvrent et apprennent à devenir des citoyens du monde en nous imitant, en suivant nos conseils et nos paroles.

Bien sûr l’enfant a besoin de repères et de limites. C’est essentiel d’ailleurs. Grâce à ces limites l’enfant se sent en sécurité, il sent ses parents  investis et concernés par ce qu’il est et ce qu’il devient. Mais ces limites doivent avoir du sens.

Lorsque tu donnes une consigne claire et cohérente à un enfant il coopère parce que tu as instauré un climat de confiance. Parce qu’il sait que ce que tu lui demandes est bon pour lui, que tu agis pour son bien et non par autoritarisme.

Toi, as-tu envie de collaborer gentiment avec ce patron qui te hurle dessus, te rabaisse et te fait bien comprendre qu’il a le pouvoir sur toi ? Non ? Eh bien c’est pareil pour l’enfant. L’enfant s’associe à toi avec plaisir s’il se sent en sécurité face aux règles que tu fixes. Mais il peut être un adversaire redoutable si tu choisis de le mener à la baguette et de faire de chaque instant un conflit.

[Je sais que je fais souvent le parallèle avec nos ressentis d’adulte… Mais réfléchis un peu… Ne gardes-tu pas des blessures d’enfant au fond de toi ? Ces moments face à des adultes sans bienveillance ? Si tu les ressens encore aujourd’hui c’est parce qu’ils t’ont marqué, parce que déjà enfant tu possédais une intelligence émotionnelle et qu’elle a été heurtée. Nous sommes des êtres d’émotions, et ce depuis la naissance. Les émotions ça ne s’apprend pas. Au contraire, elles sont là depuis toujours mais souvent l’adulte les nie, les gâche, les détruit. Et ça fait des dégâts sur les adultes en devenir.]

 

 

POURQUOI DESOBEIT-IL?

 

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C’est quoi désobéir ? C’est refuser de faire ce qui est demandé, refuser de se soumettre, aller contre la volonté de l’autre.

Certains adultes pensent que l’enfant désobéit par pur plaisir. « Il me nargue », « il me provoque » disent-il… Est-ce vraiment le cas ?

Je crois qu’un enfant désobéit parce qu’il :

  • Est dominé par le plaisir, la spontanéité et l’instant présent. Un enfant a besoin de bouger, sauter, jouer. Il n’a pas conscience des contraintes imposées par la vie et le vivre ensemble. Il lui sera donc difficile de cesser de jouer parce qu’il est l’heure de retourner à l’école, parce qu’il est l’heure de partir pour un rendez-vous, etc…
  • Ne comprend pas ce qu’on attend de lui. Encore une fois, un enfant ne naît pas avec un cerveau d’adulte. Il est intéressant de savoir que :
    • Avant 2 ans un enfant ne comprend que les consignes simples et souvent associées à un geste : « Approche-toi » (on tend les bras) ;
    • Entre 2 et 3 ans il comprend les consignes doubles et celles qui incluent un terme d’orientation spatiale : « Range ton bol et ta cuillère », « Pose tes chaussures sous le banc » ;
    • Entre 3 et 5 ans il comprend les consignes multiples et commencent à saisir les notions temporelles. « Nous irons jouer dehors après le goûter ». Attention cependant, le temps reste délicat, il n’est pas palpable. Pour lui, « On part dans 15 minutes » ne veut rien dire. Il faut lui montrer les aiguilles, lancer un timer afin d’aider l’enfant à visualiser.
  • Cherche à s’affirmer, à faire sa place. A partir de 2 ans l’enfant comprend qu’il est un individu à part entière, qu’il ne fait pas qu’un avec sa mère ou son père. Qu’il peut prendre ses décisions. C’est la fameuse période du « Terrible two« . Elle peut s’étirer jusqu’aux 5 ans de l’enfant. Je crois que Monsieur S était précoce pour entrer dans cette phase. Il ne l’est visiblement pas pour en sortir… Hum.
  • Teste les limites. En attirant l’attention de ses parents l’enfant vérifie leur vigilance, il se sécurise. Il maintient la confiance en vérifiant que l’adulte tient ses promesses, applique les conséquences indiquées etc…

 

L’AIDER A OBEIR

Chacun sa méthode, chacun ses astuces pour instaurer un climat de confiance et de coopération entre l’adulte et l’enfant. Personnellement je crois en :

  • La permission. Il est important d’autoriser des choses et de ne pas tout refuser. De tolérer certaines transgressions aussi. Si Monsieur N rentre avec 10 minutes de retard je ne lui saute pas à la gorge. S’il a éteint la console 5 minutes après le timer afin de pouvoir finir sa partie je fais comme si je n’avais rien remarqué.
  • L’explication. D’abord la consigne et ensuite l’explication. Le but n’est pas de se perdre dedans. Il faut qu’elle soit claire, concise et de bon sens.
  • Donner le choix. J’en abuse avec Monsieur S qui a besoin de tout contrôler. « C’est parti, on monte se brosser les dents. On y va en lapin ou en grenouille ? », « On fait la course, tu veux ranger les gros Lego ou les petits ? », « Tu préfères mettre tes chaussures ou ton manteau d’abord ? ». L’enfant voit qu’il a le choix, qu’on ne lui impose pas les choses, il agit plus facilement ainsi.
  • La répétition. Si je répète souvent, je fais également répéter mes enfants après une consigne afin d’avoir leur attention et de vérifier qu’ils ont bien compris ce que je demandais. Ca évite les malentendus et les dispersions.
  • Le lâcher prise. Monsieur S n’est pas de bonne humeur et ne se montre pas très coopératif pour se préparer ? Je discute avec lui tout en lui enfilant son manteau. On évite de perdre du temps et la troisième guerre mondiale à la maison dès 8 heures du mat’.
  • Bannir le chantage affectif tel que « Tu n’es pas gentil, maman va partir. » « Tu vas changer de famille ! »

 

LES RISQUES DU CULTE DE L’OBEISSANCE

 

mme sage

Lorsqu’on soumet l’enfant, lorsqu’on fait de l’adulte le symbole de l’autorité suprême on ne permet pas à l’enfant de savoir ce qui est bon pour lui. On ne lui permet pas de se responsabiliser ni de gagner en autonomie. On tue son discernement. Pourtant, savoir faire preuve de discernement aujourd’hui c’est une force énorme. Une vraie preuve d’intelligence aussi.

Ces enfants dont on n’a jamais écouté la parole, à qui on n’a jamais laissé le choix peuvent très bien s’en sortir dans la vie, je ne suis pas en train de dire qu’ils sont détruits à tout jamais. Mais ils peuvent devenir des tyrans (Alice Miller l’explique très bien dans son livre C’est pour ton bien en abordant l’enfance douloureuse subie par Hitler et son abominable projet d’adulte, sans excuser ni justifier ce qui s’est passé bien entendu) ou des adultes sans libre arbitre, incapable de décider ou de s’élever contre une injustice.

Malheureusement l’expérience de Milgram prouve que cette deuxième option est plus fréquente qu’on ne le croit. Regarde un peu :

Cette expérience, dont les résultants sont terrifiants avouons-le, démontre que face à l’autorité, face à une personne qu’il croit plus importante que lui (ici le scientifique) l’Homme se soumet. Son éthique, sa morale se révèlent moins puissantes que les ordres.

Ce culte de l’obéissance peut alors mener à des drames et notamment à la violence collective. L’enfant a qui on a fait croire qu’un autre pouvait avoir du pouvoir sur sa personne, que l’autorité ne se contestait pas, deviendra un adulte qui ne s’élèvera pas contre les injustices, qui regardera faire sans rien dire ou pire encore, qui obéira à des ordres arbitraires, injustes et contraires à la morale. Des nazis n’ont-ils pas déjà dit « Nous n’avons fait qu’obéir aux ordres » ? Cela pose le problème de la responsabilité. Parce que lorsqu’on choisit d’obéir à un ordre on estime qu’on agit comme une machine, on désengage sa responsabilité parce que ce n’était pas notre plan, notre décision. Mais nous ne sommes pas des machines justement. Nous sommes des êtres humains, pourvus d’un esprit, d’une conscience. Nous avons le droit de nous en servir. Nous le devons. Et comme tout, ça s’apprend… dès le plus jeune âge !

Alors laissons nos enfants avoir leurs idées, leurs opinions, ne martelons pas leurs petits esprits d’ordres injustifiés qui détruiraient leur empathie naturelle et leur libre arbitre. Les enfants sont nés avec un cerveau, un cœur et une boussole du bonheur. Ils savent naturellement ce qui est bon, ce qui ne l’est pas. Ne les désorientons pas en agissant comme des tyrans. Accompagnons-les simplement. Laissons-les devenir autonomes, s’offusquer, protester, dénoncer les injustices. Laissons les refuser, contester, se révolter. Même contre nous qui ne sommes pas parfaits et n’agissons pas toujours pour leur bien comme nous le croyons.

La conscience est le libre arbitre de nos actes. – Djamel Fadel

 

Qu’en pense l’enfant que tu étais ? Et l’adulte que tu es devenu ?

 

 

 

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