Pensées et papotages

Le round des mamans.

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Je n’ai jamais aimé la compétition. Ca me met mal à l’aise. Je pense que nous avons tous nos forces, nos faiblesses mais une chose en commun : nous sommes meilleurs ensemble. Et non les uns contre les autres. Pourtant, en devenant mère je me suis confrontée à une compétition unique et excessive jamais connue jusqu’alors. J’ai été propulsée au milieu de l’arène la plus féroce et incompréhensible de ma vie. Au centre de l’amphithéâtre, j’essaie de revêtir le masque et de faire bonne figure. Mais bien souvent, j’échoue. Parce que ça ne ressemble en rien aux valeurs qui m’habitent, parce que je ne comprends pas, parce que ça me met en colère…

Le match commence avant même que bébé ne se love au creux du ventre :
 » – Moi je tombe enceinte en regardant mon mari ! » GAUCHE.

Ca continue pendant la grossesse avec les mensurations de bébé, le poids de maman, la place du ventre… :
 » – Moi ? J’ai pris 5 kilos. En mangeant du chocolat en plus ! C’est sûrement grâce au sport… D’ailleurs j’étais au yoga, en position trikanasa quand le travail a commencé ! » DROITE

Puis il y a l’accouchement :
 » – J’ai accouché toute seule, à la maison, le plus naturellement du monde. C’était magique ! » UPPERCUT.

Et enfin, il y a la vie avec bébé :
 » – Il a fait ses nuits à la maternité, il est né avec 2 dents, a prononcé son premier mot à 3 mois et marché à 9 ! Il a 5 ans, rentre en CM2, est ceinture noire de judo et peint des toiles impressionnistes incroyables. Il mange ses choux de Bruxelles sans broncher, range sa chambre sans qu’on n’ait besoin de lui demander, adore les livres, déteste les écrans et veut devenir médecin ! Quant à moi j’ai trouvé l’équilibre parfait entre vie professionnelle et familiale. Mais je reste une femme avant tout. Je fais du sport 5 fois par semaine, pars en weekend avec mes copines, j’ai écrit 3 livres sur la parentalité bienveillante et ma maison brille du sol au plafond ! Parce que tout est question d’organisation ! » KO.

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Depuis plusieurs semaines je ne suis pas en forme. Je me sens mal. J’ai la nausée dès le réveil, des larmes plein les cils et le coeur dans les chaussettes. Je ne suis pas surprise, j’ai ressenti ça un an après la naissance de chacun de mes garçons. J’essaie de me dire que c’est hormonal, que tout rentrera dans l’ordre. Mais cette fois c’st sûr, je refuserai l’aide médicamenteuse et m’en sortirai seule. Grâce à mon mari, à mes enfants, à moi. A ce noyau dur qui me maintient à la surface et m’empêche de sombrer trop loin.

Je suis donc affaiblie et vulnérable et tout ce qui m’écorchait auparavant me déchire véritablement aujourd’hui… Cette fameuse compétition maternelle en première ligne.

Chaque jour j’espère que personne n’arrivera à l’improviste chez moi. Parce que ma maison est souvent dérangée, que le linge et les jouets débordent, qu’il y a des gommettes sur les murs et des enfants qui crient.

Chaque jour, à l’encontre d’une maman, j’ai peur d’être jugée, j’ai peur de ce regard vainqueur, victorieux, dédaigneux… Et chaque jour je me demande si, quand la porte se referme, cette femme a peur aussi…

Chaque jour j’appréhende d’aller faire mes courses, de recevoir du monde ou d’être invitée avec notre petit Monsieur S. Parce qu’il arrivera sûrement déguisé chez toi, au parc ou dans les magasins, parce qu’il parle fort, parce qu’il crie souvent, parce qu’il te dira toujours la vérité, parce qu’il a tant besoin d’attentions qu’il en écrase et dérange tout le monde.

Chaque jour j’ai peur de ne pas être à la hauteur, peur de cette prison qu’est le regard des autres, peur de devenir moi-même toutes ces bouffonneries que je déteste.

Récemment j’ai vécu des petites situations qui m’ont profondément agacée et mise en colère. Allé viens, je te raconte ça…

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Au cours d’une petite balade avec Bouddha j’ai croisé une vieille connaissance. Maman depuis 9 mois elle n’a cessé de parler de sa progéniture et de la fierté qu’elle lui porte :  » – Je ne juge pas mais je ne trouve vraiment pas ça naturel un biberon ! Moi j’adore allaiter ! Il est diversifié mais que du fait maison. Et bio ! Et toi, ça se passe bien ?

Comment te dire ? … Euh oui, ça va… Le premier vient d’entrer dans la préadolescence et nous offre quelques jolies rebellions, le deuxième est une véritable tornade qui se fiche de tout. Le dernier a fait ses nuits a 5 mois, il ne dit pas maman et il  ne marche pas ! Le soir ils mangent parfois des raviolis ou des haricots en conserves… Ah… Et je t’avoue que je suis un brin dépassée en ce moment. Trois enfants, des projets en sourdine car le temps de rien, l’envie de rien non plus d’ailleurs. Je crois que le quotidien m’a avalée tout entière. Alors je mange, je bois, je pleure beaucoup. Beaucoup trop. J’ai même recommencé à fumer un peu. Une cigarette le soir, une fois les enfants couchés… J’espère souvent et secrètement ne pas me réveiller le matin, pour ne plus avoir à affronter ces gens vides et ce rien qui m’entourent. Pour ne plus avoir à retenir ces cris qui me réveillent la nuit. Pour ne plus me demander à quoi bon tout ça… A quoi bon se lever chaque matin, se séparer des gens qu’on aime pour gagner un quignon de pain, l’avaler sans le savourer et crever de faim ensuite…

Mais oui… « Oui, ça va très bien, merci ! »

2 – Une soirée entre amis et cette phrase qui  ne tenait plus à l’intérieur, expulsée par l’Ego :  » – Alors, on montre à *** comme tu sais marcher, toi ! »

L’enfant en question a 2 mois de moins que notre bébé. Honnêtement, que mon Bouddha ne sache pas marcher à 14 mois passés ne me pose AUCUN problème. Le regard fier, compétitif et plein de gagne du parent qui compare et se vante, beaucoup plus.

A ce moment précis j’ai eu envie de :

  • Me justifier. « Il a déjà fait plusieurs pas, plusieurs fois tu sais. Ok, ce n’est pas de la marche acquise puisqu’il se déplace plus souvent à quatre qu’à deux pattes. Par contre il est capable de grimper sur la table du salon, il monte les marches en alternant les jambes, il tient debout sans appui depuis plus de 2 mois et il fait tout plein d’autres choses encore… Il ne lui manque qu’un peu de courage pour avancer ! »
  • Etre méchante. Et je préfère taire ce qui m’est passé par l’esprit car ce n’était vraiment pas bienveillant du tout.

Ces deux situations m’ont plongée dans un malaise total pendant plusieurs jours. Moi qui d’habitude me met à la place des autres, relativise, rigole du ridicule de ce genre de situation, je me suis renfermée, j’ai serré les dents et pleuré longtemps une fois les portes closes.

Ne sommes-nous donc pas toutes égales face à la maternité ? Face au bonheur mais aussi à la fatigue et l’inquiétude qu’elle engendre ? N’avons-nous pas toutes été épuisées face à une nuit difficile, impuissante face à un bébé qui râle mais qu’on ne comprend pas, lasse face à une énième poussée dentaire, impatiente face au dix millième maman de la journée et à cet enfant qui nous empêche d’avancer… N’avons-nous pas toutes pleuré d’angoisse à l’idée de mal faire, de ne pas être assez présentes, de ne pas avoir le temps…

Ne serait-il donc pas temps d’entrer dans l’ère de la compréhension, de l’empathie et de la solidarité ?

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Et puis…

J’essaie de dire à mes enfants qu’ils peuvent aller loin, aussi loin qu’ils le voudront. Mais comment être crédible, enchaînée par tant de peurs ?  Voient-ils mes limites ? Savent-ils tous ces rêves retenus en captivité dans le regard des autres ? Connaissent-ils ces envies freinées par les remarques, les jugements et les batailles d’Ego ?

Je n’ai jamais été jalouse d’une autre maman. Pas même de celles croisées sur Instagram. Encore moins de celle qui se vante des progrès de son enfant sans jamais lire les merveilles dans les yeux des miens. Je n’ai jamais été jalouse, non. Mais j’ai été en colère. Je me suis sentie toute petite et ridicule. Je me suis remise en question. Un millier de fois, pensant valoir moins et faire moins bien…

Mais il y a bien une maman que j’admire…  Celle qui fait de son mieux et barre la route à tous ceux qui pourraient abîmer son bonheur. Celle qui est si forte qu’elle rejette chaque critique d’un coup de torse bombé et d’assurance. Celle qui relève le menton et ne critique jamais les autres, parce qu’elle sait, au fond de son coeur, elle sait… Celle qui assume ses forces et ses faiblesses et qui n’a besoin d’écraser personne pour s’améliorer et grandir !

Je suis fière de mes enfants. Et j’aimerais pouvoir être fière de la mère que je suis pour eux. Sans qu’on me fasse sentir coupable de ne pas les avoir allaités, de laisser jouer mon aîné à Fortnite, de laisser s’exprimer les colères de mon cadet et que mon petit dernier ne marche pas encore… (Tiens, il vient de faire 10 pas encore… si si, je te jure… mais bon, finalement il s’est remis à quatre pattes… !)

1 réflexion au sujet de “Le round des mamans.”

  1. Oui tu es formidable mais il y a personne pour t’encourager la charge familiale comme on dit la responsabilité qui pèse de plus en plus sur les mamans je les admire mais ne culpabilisez pas c’est inutile ça empêche de réfléchir ça ralentit ta démarche penses a ce que tu fais et prends du bonheur et du plaisir avec tes enfants personne ne te le reprochera

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